Candomblé, plus qu’une « transe en danse »

Dans une favela, à Santo Antonio, à 100 km au sud de Salvador de Bahia. Mes amis bahianais et moi-même pénétrons vers 22h dans la cour d’une maison pour une cérémonie pas comme les autres. La décoration, riche en drapeaux et ballons colorés, me fait d’abord penser à une fête d’anniversaire. Nous attendons sagement sur un siège, en discutant calmement. Puis, entrent en scène trois percussionnistes (qui seront relayés durant toute la nuit), suivis de danseurs et chanteurs, vêtus principalement de noir et de rouge. Ce sont des initiés du candomblé, une religion héritée des esclaves africains. Autour d’eux se forme un groupe de fidèles. Parfois, le contact d’un initié (embrassade, regard) vers une personne de l’assistance suffit à plonger celle-ci dans un état de transe. Une femme souriante, semble être l’actrice principale de ce rituel. De manière lascive et désinvolte, elle asperge le public d’un parfum, fume des cigarillos, boit du vin et en propose aux personnes présentes. Les tambours frappés à tout rompre, les chants, la danse, les couleurs provoquent un tourbillon de sensations. On me donne aussi l’accolade que j’accueille avec joie. Mais cette joie se transforme en peur quand j’entends les paroles suivantes : « Bienvenida Doña Maria Padilha, esposa de Lucifer ». Mais où ai-je bien pu mettre les pieds ? On continue la cérémonie avec un bon plat brésilien dont les ingrédients sont similaires à ceux utilisés dans la cuisine camerounaise : feijoda (ragoût de haricots noirs avec du bœuf), riz et aracajé (spécialité de Bahia), le tout arrosé de tapioca (farine de manioc). A 5h du matin, alors que la fête s’étend sur 3 jours, avec mes compagnons nous levons les voiles. Je demande alors à l’un d’entre eux pourquoi honorer la femme de Lucifer. Sa réponse, « parce qu’on a besoin », me laisse perplexe et me pousse à faire quelques recherches sur internet. J’apprends alors que dans les cultes candomblé, on célèbre régulièrement les orishas, divinités protectrices présentes dans le panthéon yoruba (groupe ethnique d’Afrique). Il existe également des esprits, comme Maria Padilha, une figure historique complexe du 14e siècle, dont l’image est associée à la femme indépendante, puissante, mais aussi à la prostituée, à la sorcière. Elle est invoquée par le commun des mortels notamment pour des questions d’ordre sentimental. Lui dédier une grande fête, une fois par an, est donc une façon de la remercier pour les prières qu’elle exauce et d’entretenir des bons rapports avec elle car à priori, il vaut mieux l’avoir comme amie que comme ennemie. Je découvre tout un monde après des années de formatage judéo-chrétien. Le candomblé ? La connexion entre le monde matériel et la sphère invisible, un pont entre le Brésil et l’Afrique. Cérémonie de Candomblé, Santo Antonio (Brésil), 20 novembre 2016 © Tango tout horizon

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